Le swimrun est né de la rencontre improbable entre le trail running et la nage en eau libre. En quelques années, cette discipline croisée a conquis des milliers de pratiquants. Il existe désormais plusieurs circuits de compétitions, des communautés de passionnés et un vrai engouement autour d’un sport émergent que personne n’a vu venir. À partir de quelles bases cette pratique néo-outdoor a-t-elle pu naître ?
Swimrun : qui aurait parié sur cette pratique ? Qui aurait imaginé que ça devienne un « vrai » sport désormais intégré au sein de la Fédération de triathlon ? La réussite du swimrun est en effet improbable. Imaginez des personnes en train de courir dans les bois avec des bonnets de bain, en combinaison néoprène… Songez à des sportifs devant nager avec des chaussures de trail, généralement deux par deux, parfois même encordés via un leash, le meilleur nageur donnant la cadence… Sur le papier, le swimrun cumulait les handicaps, les facteurs limitants à son développement. Et pourtant… On note aujourd’hui plus de 100 courses par an et environ 30 000 personnes qui s’adonnent à ce nouveau sport qui consiste en une alternance de sections de natation en eau libre et de trail running. On se souvient de réunions de rédactions de magazines de trail ou les avis étaient très tranchés : « Le swimrun ne marchera jamais ! » Erreur. Certes, le nombre de pratiquants est encore tout à fait limité par rapport à la masse des coureurs et des cyclistes, mais la communauté grandit, les calendriers des courses nationales et internationales sont bien étoffés. Comment expliquer que cette activité d’apparence complexe et peu accessible ait désormais le vent en poupe ?
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Coureur… et nageur, deux qualités si rares ?
La Fédération de triathlon ne s’y est pas trompée, le plus gros contingent de pratiquants vient du triathlon, une discipline où la nage et la course à pied font partie de l’ADN de l’exercice d’où son vif intérêt pour le swimrun. L’élite du triathlon goûte un jour ou l’autre au swimrun, c’est dans l’ordre des choses, on peut citer par exemple Cédric Fleureton qui s’en est allé explorer ses limites sur la célèbre ÖtillÖ (prononcer : « Eutileu »), l’épreuve suédoise fondatrice du swimrun qui fait office de Championnats du monde. Certains triathlètes qui ont largement exploré les circuits de leur discipline aspirent à quelque chose de nouveau, de moins « calibré », moins proche de l’athlétisme dans l’esprit. Le swimrun est une terre d’exploration pour ces sportifs accomplis à la recherche d’autres sensations.
Et puis, il y a tous les coureurs, ceux qui viennent essentiellement du trail running, mais aussi de la route. Des sportifs qui doivent obligatoirement savoir (bien) nager pour s’inscrire au départ d’un swimrun. Coureur… et nageur, deux qualités si rares ? Ce serait sous-estimer la place de la natation en France, un sport dont on parle peu dans les médias, sauf en année olympique, mais qui regroupe des centaines de milliers de personnes, et dont la Fédération arrive, par exemple, loin devant celle du rugby ou même du cyclisme. La natation est au huitième rang des fédérations nationales et enregistre la plus grande progression du nombre de licenciés (+ 17,8 % en 2019. Source ministère chargé des Sports). Donc, pratiquer à la fois la nage et la course à pied n’est pas une rareté, ce qui expliquerait, en partie, l’engouement autour du swimrun.
Le freeride de la natation ?
Il y a d’autres explications à l’enthousiasme autour de cette discipline, développées par Jean-Christophe Bastiani, sportif multicarte, passionné de nage en eau libre, pratiquant de la première heure en swimrun : « C’est très ludique, on évolue avec l’esprit de cordée avec son coéquipier, on découvre le plaisir unique de nager en extérieur. La combinaison et le pull-buoy assurent une certaine flottabilité ce qui permet de diminuer le stress éventuel. Le prix de l’équipement a même beaucoup baissé. Des marques comme Décathlon proposent du matériel dédié, c’est un signe… » Le swimrun serait une sorte de freeride de la natation, l’occasion d’explorer des espaces naturels, loin des bassins chlorés : une superbe réhabilitation de la nage en eau libre dont on avait oublié jusqu’à l’existence. Certains sportifs, pas forcément des triahtlètes, avaient retrouvé ces dernières années le chemin des lacs, baies, rivières. Ils ont été parmi les premiers à répondre à l’appel du swimrun. L’époque est à la nage en eau libre, de grands événements comme le Défi Monte Cristo à Marseille(1) ont également le vent en poupe, même s’il ne s’agit qu’essentiellement de natation en mer.
Le swimrun, accélérateur d’image.
La pratique du swimrun est née en Suède, en 2002, dans l’archipel d’Ötillö, suite à un pari entre potes consistant à rallier en nageant et courant Üto et Sandham, soit 76 kilomètres. En 2006, cette tentative potache (l’équipe perdante devait payer l’hôtel et le dîner aux autres) se transforme en véritable épreuve. Aujourd’hui, Mickael Lemmel est à la tête d’un véritable circuit international qui fait office de Coupe du monde. C’est la vitrine sportive et médiatique du swimrun. En France, les premières courses apparaissent en 2014/15, en Bretagne puis par exemple du côté d’Annecy avec le Talloires Ô Féminin, dédié aux filles. Depuis, les courses de différents formats se multiplient, les épreuves où l’on peut même courir en solo sont nées. Le circuit SwimrunMan France séries est en place avec une batterie d’épreuves qualificatives pour… ÖtillÖ. Les communautés autour de cette discipline se développent, il y règne une ambiance, un enthousiasme et une convivialité qui rappellent l’époque des pionniers qui découvrent un sport. Le swimrun est encore indéniablement en construction, il va sans doute rester d’une taille très raisonnable en termes de nombre de pratiquants. Mais en quelques années, il est devenu un acteur très vivace des activités outdoor, alors que personne ne l’attendait, d’autant plus qu’il a été créé ex nihilo. Déjouant tous les pronostics, le swimrun répond au désir de certains sportifs de sortir des sentiers battus et des épreuves aseptisées. C’est un bel accélérateur d’image pour la natation en général et la nage en eau libre en particulier.
Franck Oddoux
(1) https://www.defimonte-cristo.com/fr
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