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UGG, la botte des surfeurs à ne pas emmener en montagne

Ingénieur énergéticien diplômé de Supaéro et ex-grimpeur-alpiniste, Pascal Lenormand est chef d’entreprise, consultant, enseignant, conférencier, chroniqueur indépendant et artiste du spectacle vivant. Il promeut le concept de Design Énergétique, et l’intégration de postures humanistes dans le travail technique. Par le passé, il a été chef de produit et ingénieur de recherche pour de grands groupes du secteur outdoor. Ses interventions dans des domaines aussi variés que l’industrie du bâtiment, l’industrie du sport ou le secteur du spectacle donnent à ses analyses et ses intervention un regard transversal original. Autant dire que nous sommes aussi très heureux d'embarquer Pascal dans l'équipe des Insiders de l'agence. La vraie histoire de la botte Hugg ci-dessous, il n'y avait que lui pour l'écrire. Un sujet en plein accord avec la philosophie Codezero : décrypter et inspirer.

La botte UGG et ses copies plus ou moins réussies, ces bottillons en cuir fourré, sont devenues depuis quelques années des objets courants de l’hiver. Pourtant, rien dans leur conception comme dans leur histoire ne les destine à une utilisation en montagne ou dans la neige. Elles illustrent en fait parfaitement comment la mauvaise compréhension d’un produit peut l’emmener hors de son domaine de performance. Retour sur l’histoire d’un mouton égaré en montagne…

Née sur la plage

La botte UGG est née sur les plages d’Australie, à la fin des années 1970. Quand on a surfé tout l’après-midi, la sortie de l’eau est un moment de réconfort où l’on peut (enfin) espérer se mettre les pieds au sec et au chaud. C’est ainsi qu’un surfeur, Brian Smith, a eu l’idée de coudre des chaussons fourrés en cuir d’agneau dotés d’une large semelle. La combinaison parfaite pour au moins 4 raisons :

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Un pied nu dans un bottillon

Quand on met un pied nu mouillé dans un bottillon fourré en laine avec un cuir extérieur, la structure capillaire est telle que l’eau est immédiatement absorbée, puis éloignée de la peau pour migrer vers l’extérieur. Cela donne une sensation immédiate de pieds secs, et fonctionne un peu comme une couche-culotte ou une serviette hygiénique.

Une tige en cuir de mouton hydrophile

La peau de mouton n’est pas étanche à l’eau. Ainsi, l’eau transférée par capillarité de la peau du pied vers la surface extérieure du cuir peut facilement s’évaporer, si les conditions météo le permettent. Concrètement, cette construction est une véritable « machine à sécher les pieds ». Ça tombe bien, sur les plages australiennes, les conditions sont idéales : même par temps frais, l’air est sec.

Une construction isolante suffisante

Un calcul thermique simple montre que, pour maintenir le pied à une température stable par -5 °C, une isolation de 1,25 cm environ est suffisante. Une isolation qu’atteint facilement la laine de mouton non comprimée.

Une semelle adaptée

La semelle large et à peu près lisse permet d’avoir une grande surface d’appui. De plus, la conduction thermique sous le pied se fait avec le sable, un matériau peu conducteur, car pulvérulent. On a donc peu de problèmes de refroidissement par le dessous du pied. L’histoire raconte que les petites amies des surfeurs ont beaucoup apprécié ces bottillons, qu’elles portaient en attendant leurs amoureux, puis en ville. Puis des stars américaines comme Cameron Diaz ou Oprah Winfrey en ont fait un accessoire de mode, positionnement assumé par la marque.

Il n’a ensuite pas fallu longtemps pour que ces objets qui ressemblaient tant à nos après-skis se retrouvent dans les rayons des magasins d’activités de montagne. Mais ce qui paraissait si évident est en fait… tout le contraire de ce qui fonctionne. Reprenons les 4 points que nous avons vus, pour constater à quel point UGG + montagne est une combinaison perdante.

En montagne, on porte des chaussettes

Le port d’une chaussette introduit un « piège capillaire » entre le pied nu et la structure de la botte. Toute l’eau reste piégée dans la chaussette. Pire : la plupart des chaussettes « pompent » l’eau plus puissamment que… le cuir extérieur. Le point le plus mouillé de l’ensemble devient la chaussette. Du bonheur !

Matériau hydrophile : mauvais choix

Ce cuir d’agneau qui faisait merveille sur les plages australiennes pompe très bien l’eau et la neige mouillée qui y adhèrent avec deux conséquences pénibles. D’abord, l’eau pénètre, puis voyage vers la chaussette. Ça s’alourdit, c’est mouillé… Mais surtout, là où la laine devait isoler le pied d’un air froid, elle doit maintenant isoler d’une eau froide… L’eau ayant une capacité thermique quatre fois supérieure, les déperditions sont augmentées d’autant. C’est (très) froid.

Un isolant qui ne l’est plus

Ce qui fait le pouvoir isolant d’un matériau, c’est son épaisseur. Tant que la laine des UGG n’est pas écrasée, tout va bien. Mais en montagne ou après le ski, on marche beaucoup plus qu’en après-surf. Ce qui était un isolant moelleux et confortable est bien vite écrasé.

Une semelle inadaptée.

La semelle d’origine faisait son office sur le sable plutôt chaud et peu conducteur des plages californiennes. Mais sur de la neige fondue, c’est une tout autre histoire. Les pertes de chaleur sont beaucoup plus intenses.

Morale de l’histoire

Une très simple analyse du fonctionnement thermique de la botte UGG montre qu’elle n’a absolument rien pour être efficace en milieu montagnard. C’est, de fait, une excellente pantoufle… Mais les apparences (« ça a l’air chaud »), nos habitudes culturelles (« botte à fourrure = montagne ») et la méconnaissance des basiques de la thermique par les distributeurs l’ont tout de même placé dans les rayons « montagne ».

Il ne faudrait pas grand-chose, pourtant, pour pouvoir conserver un « esprit UGG » dans une botte réellement adaptée au milieu montagnard. Cela ne demanderait, finalement, que de se repencher sur le design énergétique de l’objet.

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